Le mercredi 30 janvier 2002.

Le brillant insecte nocturne a jeté, mercredi soir, sa blafarde lumière sur un bouleversifiant phénomène. En entrant dans la petite salle, il n'y avait, à priori, pas de quoi s'attendre un événement.
Une guitare à coté d'un micro et un autre micro, à coté d'un piano.
Formation minimum donc.
Ceci, ajouté à une connaissance minimum de l'individu, ne présage en rien de la claque qui s'échauffe dans sa loge.
Arrive le canadien, à la démarche un tantinet chancelante.Un vrai mafioso.
Cravate de soie blanche sur chemise tricolore, rouflaquettes jusque là, pantalon et gilet rayé, écrase-merde indéfinissable, manquait que le borsalino. Arrivé sur scène, le bonhomme s'empare, ô surprise, non pas d'une Thompson à chargeur camembert, mais d'une bonne vieille Stratocaster (à six coups) de chez Fender. Et là...
Gros dommages co-latéraux !
Ce type est monstrueusement gigantesque.
Une voix,
un jeu de scène,
un humour décalé,
une PRESENCE hallucinante.
Ha-llu-ci-nant !
L'ambiance sonnait cabaret, surtout grâce au jeu de M. Lonely, au piano, résolument "bastringue"
Le susdit a bien du mérite d'accompagner un artiste de cette trempe.
Indispensable à l'ambiance déconno-lacrymalo-décalo- émouvante des morceaux, il n'en reste pas moins dans l'ombre du Boss.
Et quel boss !
Avec un jeu de guitare forcément réduit, formation oblige, il se rattrape ô combien, sur le chant et l'exhibitionnisme.
Une voix d'une rare puissance, capable de tenir une note indéfiniment et de galoper sur les octaves à une allure qui foutrait les jetons à Lapin dans un champ d'astéroïdes...
Une émotivité, une sincérité des textes et de l'interprétation qui émanent de sa personne malgré ses bouffonneries.
Rarement vu un type autant habité par ses compositions.
C'est, à l'instar d'un Joseph Arthur ou d'un Jeff Buckley, exactement le genre d'artiste qui fait des disques + ou - (plutôt -) intéressants mais qui explose littéralement en public.
Rien à voir.
Ni à entendre, d'ailleurs.
Les dieux savent pourtant que ce n'est pas de la musique violente, rythmée ou ploum-ploum-tralala.
Que des histoires d'amour foireuses ou tout comme.
Trixtes, quoi.
Mais alors, interprétées comme cela !
Une mise en scène, une débauche d'énergie, un engagement total.
En fait, on plire (pleurer/rire, copyright un ami anonyme)
Il y eu des morceaux d'anthologie.
Un "Striptease" long long long, où, effectivement, Workman FAIT un striptease (hé, les garçons ! Lui aussi met des shortys, orthographe non-garantie) pour enfiler un treillis camouflé. Et il enchaîne sur son retour de guerre, avec "Sexual confidence" (titre non-garanti)... interminablement démentiel !
Un morceau qui dure des heures.
Dont bon nombres rythmées par une répétée et lancinante note de M. Lonely.
Le temps que le brave travailleur lâche sa guitare, empoigne des cymbales minuscules, les utilise, les balance, enfile un horrible manteau rouge en fourrure tigrée synthétique et dise la vérité à ses parents hébétés.
L'assistance était sur-le-cul.
Et le ô combien juste "I'm jealous of your cigarette" (titre garanti, celui-là)...
Sûr que dans nos campagnes, un truc comme ça, c'est pas courant.
Deux rappels.
Le premier, en solo, au piano, bientôt relayé, genre chauffeurs de bus au vol, par M. Lonely et fini au micro. Le deuxième, à faire des ... claquettes( ?) avec (accent à couper au couteau, c'est un canadien anglophone) "mademoiselle cheveux roses" et "monsieur cheveux bleus", en fait, deux manches-à-balais coiffés de têtes de poupées et très vivement frappés sur la scène. Le tout avec les godasses du monsieur faisaient une section rythmique très acceptable.
Quand même, ce mec en fait des tonnes et des tonnes.
Mais il en ferait moins, cela serait pas crédible. Un authentique cabot, pur-jus.
Rhââ lovely (mâtin, quel Pilote !)
Dire que d'aucuns, braves moutons dopés à l' NRJ, vont encore se décérébrer en allant voir leur dame de paris ou leur laine fermière....
Coupez pas, Boss ! j'ai encore plein de cho...
(voix affolée)
Ce type s'appelle Hawksley Workman.
Je dis pas qu'il faut acheter ses 2 CDs. Quoique...
Ce type s'appelle Hawksley Workman.
Il frôle la folie et le génie.
Ce type s'appelle Hawksley Workman.
Et si il passe pas loin de chez vous, allez-y ! ! !

sur citation.lapi.org

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